Je n'ai plus besoin de toi

Publié par Evely le jeudi, septembre 08, 2011
Je ne parle jamais de mon père. C’est normal, il n’y a rien à dire sur ce sujet là. Dernièrement, il a recontacté ma mère pour lui dire qu’il est mourant. Oh, ne vous en faites pas, c’est la cinquième fois en dix ans qu’il est mourant. Je vous épargne les détails, mais en gros, il veut me voir avant de devenir de la chair à vers de terre. Non, non, n’allez pas penser qu’il veut vraiment me voir, il veut juste jouer aux victimes et nous manipuler parce qu’il s’ennuie en ce moment. Vous direz que je suis dure, c’est vrai, mais croyez-moi, le type n’a pas changé en 23 ans. Il le démontre par l’incohérence dans les histoires qu’il nous déverse encore et encore. Hélas, on connaît trop bien le moineau.

Mon père ne se gênait pas pour nous mentir quand nous étions enfants. Selon lui, ça ne dérangeait pas, puisque nous n'étions rien d’autre que des enfants. Mais, les enfants, ça enregistre et même si ça aime inconditionnellement ses parents, ça fait une marque bien profonde dans leur petit cœur.

Mon père me disait ouvertement qu’il ne m’avait jamais voulue, que le fait que je sois une fille faisait qu’il m’aimait moins que mon frère et que j’étais « grosse » (on parle ici du gras de bébé). Selon lui, c’était de bonne guerre, après tout on lui disait de ne pas mentir aux enfants, alors de quoi on se plaint quand finalement il dit la vérité. Mais, les enfants, ça souffre et ça veut absolument plaire à ses parents, alors ça se dénigre autant que le parent peut le faire.

Mon père jouait aux rois dans notre famille. Personne n’avait le droit de dire ou de faire autrement que comme il voulait. Ça aura pris 17 ans à ma mère pour sortir de l’emprise de cet homme. Un combat qui dura encore des années après leur séparation. Comme un enfant, elle était devenue vulnérable et ne croyait plus en ses capacités, mais avec deux adolescents sur les bras, elle a s’est reconstruit pour nous et est devenue une femme forte et indépendante. Les enfants, eux, restent longtemps soumis à toutes les formes d’autorité et oublient qu’ils ont le droit d’être eux-mêmes.

Puis tranquillement, les enfants deviennent des adolescents. Ces adolescents combattent tous leurs démons et souvent portent ces combats jusqu’à l’âge adulte. Ils perdent parfois, parfois ils gagnent, mais ils se sentent finalement vainqueurs quand ils ont refait leur vie avec une famille qu’ils construisent. Un amour véridique, des enfants sains qu’ils éduquent à leur tour et une carrière digne de leur capacité et de leur aspiration. Mais surtout, ils se sentent guéris quand ce parent malsain qui avait pourtant autant de pouvoir sur eux revient et n’a plus de pouvoir du tout.

Je parle de moi ici. Je résume mon histoire qui dure depuis 34 ans et qui a connu des moments forts et des moments noirs, mais si j’écris cela, ce n’est pas pour moi. C’est pour ces enfants mal aimés. Des fois, il ne s’agit pas que le parent soit aussi nocif que le mien, mais juste qu’il oublie que sa priorité est son enfant. Des fois, les cœurs des enfants souffrent parce que leurs parents ne sont plus présents même s’ils ne sont pas volontairement méchants. C’est aux parents de reprendre leur rôle et de se rendre compte que leur bonheur passe aussi par celui de leur enfant. Que leur vie est en partie dans cette petite chose qui a ses propres idées, ses propres rêves et ses propres craintes et qui se déploie devant nous parce qu’à la base nous l’avons créée. Ne l'oublions jamais.

Je n'ai plus besoin de revoir mon père. Il n'a plus de pouvoir sur moi, il ne peut plus m'atteindre. Je ne lui souhaite pas de mal, mais il est maintenant un étranger dans ma vie et je m'en porte mieux. Ceux qui m'entourent me font grandir, famille et amis. Ceux qui m'entourent sont ceux que je garde avec moi et pour qui je déplacerais des montagnes, car ils en valent la peine.

Crédit photo © Biké

11 bouteilles à la mer...:

Caro l'ergo on 8 septembre 2011 à 06:43 a dit…

C'est trise ce que tu écris ce matin... J'ai une image plutôt utopique de la famille (j'ai le passé et le présent qui va avec, heureusement pour moi). Ça me touche ce genre de témoignage, sachant que je suis choyée... L'important s'est de s'en sortir et d'être bien avec sa décision.

Hélène a dit…

Oh que ça me fait du bien ce matin de te lire! Notre histoire me semble différente mais très semblable en même temps... Je suis présentement sur ce long chemin cahoteux qu'est le retour vers soi et vers un bien-être après avoir eu une famille dysfonctionnelle. De lire que tu t'en est sortie me donne espoir. Je n'ai pas la naïveté de penser que c'est tous les jours rose, mais d'après ce que je comprends, ça l'est la plupart du temps... Merci de ce témoignage qui me touche particulièrement!

Tigrou on 8 septembre 2011 à 08:12 a dit…

Ton texte me parle, ce matin.
J'ai une histoire semblable, avec ma soeur. Qui est maintenant une inconnue pour moi et qui revient pourtant à la charge de temps en temps, sans comprendre que moi, je suis passée à autre chose.
Merci pour ce texte honnête.

Padou on 8 septembre 2011 à 08:30 a dit…

Ma chère Evy, chacun de nous porte en soi le pouvoir...celui de grandir, celui de tenir les rênes de sa vie, celui de lâcher prise sur les éléments nocifs, celui de pardonner, celui d'aimer. Nous avons souvent eu cette discussion, celle où nous constatons que les liens familiaux ne sont pas exclusivement sanguins. Que l'on perde un parent par décès ou par omission volontaire, l'important est d'être bien entouré et de chérir nos "familles" modernes ;o) Merci de faire partie de la mienne xxx

Padou on 8 septembre 2011 à 08:31 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Karocreations on 8 septembre 2011 à 09:15 a dit…

Quel beau texte ! Je te comprends tellement. On a tous notre histoire... On s;en sort toutes a notre facon... Merci pour le partage.

XXX

Karo

Jeune femme on 8 septembre 2011 à 09:41 a dit…

Ton texte me touche beaucoup! De mon côté j'ai eu de la chance d'avoir des parents présents et aimants. Mon copain a vécu l'enfer avec ses parents. Malgré tout, il s'en est bien sorti. Il a coupé les ponts avec son père qui a refait sa vie auprès d'une autre famille. Quant à sa mère, il veut aussi couper les ponts, mais elle ne comprend pas vraiment et téléphone souvent à la maison. Nous serons parent en avril! Mon copain ne veut pas que notre bébé connaisse sa grand-mère.

Je trouve cela triste, mais je le comprend.

Audrey on 8 septembre 2011 à 10:50 a dit…

Très touchant comme texte Evely. Je n'ai pas connu de situation semblable, mais une de mes meilleures amies oui. Elle est vraiment plus heureuse et épanouie aujourd'hui d'avoir pris la décision de faire sa vie sans ceux qui l'empoisonnaient. J'admire ceux qui savent tourner la page et profiter du meilleur qui s'offre à eux-mêmes. C'est seulement tellement injuste pour les enfants à qui ça arrive. Un enfant, c'est une boule d'amour, il faut certainement avoir quelque chose qui ne tourne pas rond pour agir de la sorte.

Marie-Claude on 8 septembre 2011 à 11:03 a dit…

Touchant! Je n'ai pas eu ce problème quoique je me bats présentement contre des bobos de famille qui ne m'appartiennent pas nécessairement. Je remonte la pente tout doucement. Merci pour l'espoir d'un jour meilleur.

Evely on 8 septembre 2011 à 20:20 a dit…

@ Caro l'ergo
Je suis contente qu'il y a des gens comme toi qui on vécu des belles histoires, ça m'a toujours donné espoir qu'un jour j'aurais des enfants qui viveront une belle histoire avec moi et leur papa. :o)

@ Hélène
Tu le dis bien le chemin est cahoteux et on trébuche souvent, mais en se relevant et en continuant toujours un peu plus, on en ressort plus forte. Courage

@Tigrou
Je suis contente que tu peux te l'approprier, ce texte parle de moi, mais j'espérais que tous ceux qui peuvent se voir dedans, sentent que c'est pour eux

@Padou
Merci à toi d'être dans nos vies. Tu sais combien je t'adore et Superpapa et P'tit Clown aussi

@KaroCréation
C'est vrai, tous à sa manière on s'en sort des fois plus facilement, des fois difficilement, mais on peut toujours s'en sortir

@Jeune Femme
Je trouve que c'est génial que tu supportes ton conjoint. Ce n'est pas toujours facile d'expliquer tout ce qui s'est accumulé au fils du temps, mais quand on a quelqu'un d'aimant à nos côtés et qu'on fait sa famille, on sent que ces vieux démons disparaissent

@Audrey
Les enfants sont en effet des boules d'amour. Je ne crois pas que les adultes qui les oublis sont malades, mais ils sont souvent d'anciens enfants qui avaient mal eux aussi.

@Marie-Claude
J'ai toujours cru au meilleur jour. Il vient toujours tranquillement, mais il reste toujours là à porter de main. Courage.

La Belle on 8 septembre 2011 à 21:31 a dit…

Tellement touchant ce que tu as écrit. Ton histoire, même si elle est très différente de la mienne, me touche énormément puisque j'ai réalisé à ma façon, que dernièrement que nous n'avons besoin que de nous-même pour être heureux.

Certe c'est agréable d'avoir un chum, des parents, des enfants, des amies, de la famille, etc... Mais notre liberté n'a pas de prix.

Merci pour ton texte. Il me fait réfléchir et réaliser que j'ai pris la meilleure décision durant la dernière année!

 

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